La commune de La Feuillée
Petite commune située dans le département du Finistère, en Bretagne. Elle est connue pour son riche patrimoine historique et culturel, ainsi que pour sa belle nature environnante. La Feuillée est adossée aux contreforts des monts d'Arrée. Elle fait partie du parc naturel régional d'Armorique.
L'histoire de La Feuillée remonte à l'époque romaine, lorsque la région était habitée par les Gaulois. Le nom de la commune dérive probablement du latin "Folia", qui signifie "feuille", endroit feuillu An Folled en breton, en référence aux nombreuses feuilles tombées des arbres qui couvrent la région. En se modernisant, le nom de la commune deviendra Ar Fouilhez en breton.
Dans son Voyage dans le Finistère publié en 1794, Jacques Cambry dresse un tableau saisissant de La Feuillée. Il décrit ce village perché sur une colline, composé de maisons robustes en blocs de granit recouvertes d’ardoises, comme une commune pauvre et isolée, « séparée de tout, au milieu d’un désert ». Située au pied des montagnes d’Arès, La Feuillée comptait alors environ 1 400 habitants. Traversée par le grand chemin reliant Carhaix à Landerneau, elle peinait à nourrir sa population, tant les terres environnantes étaient peu fertiles.
La Feuillée, un terroir façonné par les moines et les Hospitaliers:
Entre le XIIᵉ et le XIVᵉ siècle, La Feuillée connaît une période d’intense transformation démographique et territoriale. Sous l’impulsion des moines cisterciens établis dès 1132 à l’abbaye du Relec, à Plounéour-Ménez, l’agriculture et l’artisanat s’y développent rapidement. Cette dynamique de mise en valeur des terres favorise l’émergence de nombreux hameaux, dont une majorité porte le préfixe Ker, marque linguistique de cette colonisation rurale en plein essor.
Parallèlement, à partir de 1160 et jusqu’à la Révolution, La Feuillée devient un lieu stratégique pour l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Les Hospitaliers y fondent une commanderie le long de l’ancienne voie romaine reliant Carhaix à Brest. Après avoir franchi les rudes landes des Monts d’Arrée, les pèlerins y trouvent une halte bienvenue : un ospital leur offre repos et réconfort avant de reprendre leur route.
Mais l’engagement des Hospitaliers va au-delà de l’accueil : ils impulsent un modèle d’occupation du sol fondé sur le système de la Quévaise, structurant le défrichement et l’exploitation agricole du territoire. Ce mode d’aménagement laissera une empreinte durable, tant dans les paysages que dans les pratiques rurales de la région.
Les Feuillantins sont de nos jours répartis dans les quatorze mêmes villages qui étaient autrefois les villages initiaux de la Commanderie : le bourg, Penanroz, la Ville-Blanche, Kerelcun, Ruguellou, Trédudon-l'Hôpital, Kermabilou, Kerbargain, Kerangueroff, Kervran, Kerberou, le Lettier (devenu Litiez), Kerbruc et Botbihan. Deux écarts supplémentaires seulement ont été créés dans le courant du siècle : Roz an Eol et Croaz an Herry.
Le bourg (au niveau de l’église) culmine à 275m d’altitude, ce qui en fait la commune la plus haute du Finistère. C'est un village où chaque pierre raconte une histoire, du temps des Templiers aux constructions typiques du XIXe siècle.
Figure emblématique des Monts d’Arrée "les pilhaouers"

À La Feuillée, ce métier est devenu une véritable spécialité locale dès le début du XVIIIe siècle. Munis de grandes hottes ou de charrettes tirées par des chevaux, les pilhaouers sillonnaient les chemins à la recherche de chiffons, de vieux vêtements ou de morceaux de tissu que les familles n’utilisaient plus.
Mais pourquoi cette quête acharnée de bouts de tissu ? À cette époque, les chiffons représentaient une matière première précieuse pour les moulins à papier. En effet, avant l’arrivée du bois dans le processus de fabrication, le papier était essentiellement produit à partir de fibres textiles. Ainsi, les chiffons collectés dans les fermes alimentaient les moulins à papier de la région, notamment ceux de Pleyber-Christ, Saint-Thégonnec...
Ce commerce de récupération, précurseur du recyclage moderne, nourrissait toute une économie locale. Il permettait également aux familles les plus modestes d’échanger quelques vieux linges contre une poignée de sous ou un objet d’usage courant.
Aujourd’hui, si le métier de pilhaouer a disparu, sa mémoire demeure bien vivante, enracinée dans l’histoire de La Feuillée. Il incarne à la fois l’ingéniosité populaire, le lien étroit entre les habitants et leur environnement, et une certaine forme de dignité dans le travail modeste, mais essentiel.
Une architecture au fil du temps
Le bâti de La Feuillée reflète parfaitement son évolution historique :
- Le XVIIe siècle marque l’apparition de l’architecture rurale typique, comme l’Auberge de la Crêpe, avec ses escaliers extérieurs et sa combinaison porte-fenêtre-cheminée si caractéristique. Lieu d’hospitalité, de mairie et d’école à travers les siècles, elle incarne une mémoire vivante du bourg.
- Les XIXe et XXe siècles voient l’essor des maisons dites « de bourg », influencées par l’urbanisme et l’aisance croissante de certaines familles de marchands. Façades rythmées, corniches en pierres, grandes ouvertures : l’élégance gagne les ruelles.
Croyances et patrimoine spirituel
L'église paroissiale de La Feuillée
Cette église dédiée à saint Jean-Baptiste, patron de l'Ordre des Chevaliers Hospitaliers, a été construite en 1858 sur les ruines d'une ancienne chapelle datant du XIIIe siècle dont elle en a conservé quelques éléments :
- La cloche datant de 1683 est l'une des plus anciennes du diocèse de Quimper et Léon,
- le chevet et sa fenêtre axiale à réseau flamboyant,
- l'enfilade de colonnes,
- la porte du porche sud.
Elle est de style gothique et possède un magnifique portail en granit sculpté.
À l'intérieur, on peut admirer :
- Le retable en marbre blanc date de 1866, une œuvre de Yann Larc’hantec (sculpteur reconnu de Morlaix). Il comporte plusieurs statues et motifs religieux ornant l’arrière de l’autel
- L’autel, également sculpté par Larc’hantec, présente des statues d’apôtres ou de saints dans des niches gothiques, à voir sur la photo.
- ainsi qu'un bénitier en pierre du XVIIIe siècle.
Elle est aussi dotée d'un clocher à galerie et d'une flèche octogonale ornée par de nombreuses crossettes représentant soit des animaux, soit des personnages, entre autres, des lions, des chiens, un cochon, un kangourou, un singe, un ours, un vieil homme et un dragon.

La chapelle Saint-Houardon.
anciennement église paroissiale, remonte au XVIᵉ siècle, bien que certains éléments architecturaux soient antérieurs. Dédiée à saint Houardon, évêque du Léon entre 635 et 650, elle témoigne de l’ancrage ancien du culte dans la région. Autrefois entourée d’un cimetière, elle se distingue aujourd’hui par la simplicité de son petit clocheton, qui en accentue le charme discret.
Le pardon de la Saint-Jean avec sa procession



Une tradition séculaire, un moment hors du temps, où mémoire collective et spiritualité s’entrelacent. Le pardon de la commune est célébré le 24 juin, en l’honneur de la Saint-Jean. Chaque année, lors de la procession, un petit garçon de La Feuillée ouvre le cortège: le « Petit Saint-Jean », jeune enfant de trois ou quatre ans, vêtu d'une robe en peau rehaussée de fleurs (du début du XXe siècle) tenant une croix, guide un agneau paré de roses, et de rubans vers l'église.
Cette cérémonie puise ses racines dans l’histoire hospitalière de la paroisse. Ce sont les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, fondateurs de la commanderie, qui introduisirent ici le culte de Saint Jean-Baptiste, leur second patron, traditionnellement représenté aux côtés d’un agneau. Le symbole demeure, vivant et touchant, dans ce geste transmis de génération en génération.
La fontaine Saint-Jean (au Bourg)
rappelle la dévotion populaire et l’importance de l’eau dans les rites anciens.
Fontaine non couverte, sacrée, du XVII - XVIIIème siècle, possédant 2 bassins rituels en granit ainsi qu'une statue de Saint-Jean-Baptiste (artiste local)
Notre-Dame de la Clarté
(entre Ruguellou et Keranheroff)
Les croix de la commune un patrimoine sculpté dans le temps
Dispersées à travers la commune, les croix de La Feuillée témoignent de plusieurs siècles de piété populaire et de savoir-faire artisanal. Leur style varie selon leur époque de construction, offrant un panorama riche de l’art religieux local.
Parmi les plus imposantes, la croix du cimetière, érigée en 1860 par Larhantec de Morlaix, atteint 8,50 m. Elle repose sur trois degrés et un socle cubique mouluré, orné de l’inscription : « PIEUX SOUVENIRS DE JEAN CREN ET DE CATHERINE LE BORGNE POUR LEURS ENFANTS FRANÇOIS ET MARIE CREN ». Son fût présente des écots et une banderole unie, surmonté d’un chapiteau gothique, d’une croix à fleurons et d’un crucifix. La signature du sculpteur est visible sur le côté du fût.
La croix de la place, datée de 1823 et haute de 4,50 m, est une monolithe à pans et à deux écots. Sa base à trois degrés se distingue par la présence inhabituelle de plusieurs orifices.
La croix de Croaz an Herry, construite au XVIᵉ siècle et restaurée au XXᵉ, mesure 4 m. Elle repose sur deux degrés, avec un socle cubique et un fût à pans. Elle est aujourd’hui coiffée d’une croix moderne octogonale, tandis que le crucifix d’origine repose à proximité.
D’autres croix portent l’empreinte du XIXᵉ siècle : celle de Kerbérou (1850, 2,50 m), avec son cœur gravé et l’inscription « JE--1850 » ; Croas-Hir (1824, 5,50 m), restaurée au XXᵉ siècle ; la croix du sud-ouest du bourg (1898, 3,50 m), posée sur un socle à chanfrein ; et celle de Ruguellou, érigée en 1937 (4,50 m), au socle inscrit « 1823-1937 T F ».
Plus anciennes encore, la croix de Keranheroff (XVIIᵉ siècle, 3,50 m) arbore un cœur gravé et les lettres « I H S » sur une monolithe à pans. Celle de Kermabilou, du XVIᵉ siècle, culmine à 5 m, avec trois degrés et un socle cubique.
À Kerven, une croix modeste de 2 m présente un simple fût avec téton destiné à recevoir une croix disparue.
Enfin, le site de Kerelcun accueille deux croix : la première, datée de 1671, s’élève à 5,50 m avec un socle d’origine, une croix ornée de fleurons plats, un crucifix et une Vierge à l’enfant. La seconde, plus récente (1873, 3 m), repose sur un ancien socle et reprend une forme monolithe à pans.
Lignolet d'ardoises
Les éléments distinctifs de certaines demeures : dès l'apparition de l'ardoise au début du XXe siècle, quelques maisons se sont parées d’un lignolet finement découpé, souvent orné de motifs animaliers accompagnés de la date de construction. (exemple sur une toiture à Ruguellou (1897))
Nombreux tumulus

La commune témoigne d’une présence humaine très ancienne, comme en attestent les nombreux tumulus et nécropoles datant du Néolithique (entre 4000 et 2000 av. J.-C.) ainsi que de l’âge du Bronze. Plusieurs villages de la commune en conservent des traces : on y dénombre huit tumulus à Kerbran, neuf à Kerelcun et huit à Ruguellou. Certains de ces champs funéraires furent explorés dès la fin du XIXe siècle par les archéologues J.W. Lukis et Paul du Chatellier. Ce dernier mit au jour et restaura de nombreux objets, dont un vase finement décoré, découvert dans un tumulus à Ruguellou.
Le menhir Néolithique de Kerelcun,
Situé sur un talus, ce menhir de 4 m de hauteur, 0,70 m de large et 2 m de long à sa base, domine le lieu de sa stature. Inscrit Monument Historique le 21/05/1996
L'Auberge de la Crêpe est une demeure typique de la fin du 17e siècle.
Maison de type tisserand, datant du XVIème siècle, devenue auberge au XVIIIème
Apoteiz (avancée traditionnelle) / Porche surélevé (XVIIème)
Les maisons à apoteiz
(maison à avancée en breton) Ruguellou, Bourg, Kerbruc, Botbian…
Le site archeologique de Goarem-ar-Manec’h

Le site archéologique de Goarem-ar-Manec’h, est un lieu fascinant, chargé d’histoire.
Il s’agit d’un village fortifié déserté, probablement fondé entre le Haut Moyen Âge et les XIIe–XIIIe siècles. Le site comprend une enceinte quadrangulaire de 95 m par 75 m, bordée d’un talus de 1,5 à 2 m de haut et d’un fossé. À l’intérieur, on trouve des terrasses aménagées où étaient implantés des bâtiments, ainsi qu’une source naturelle à l’est du site.
Certains chercheurs pensent qu’il pourrait s’agir d’une fondation monastique, peut-être liée aux Hospitaliers, en raison de la configuration des bâtiments et de la présence d’une fontaine. Le site a été inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques en 1996.
Depuis juin 2025, une nouvelle campagne de fouilles archéologiques a été lancée sous la direction de Yoann Dieu, archéologue du Conseil départemental du Finistère. Ces recherches s’étaleront sur trois ans et visent à mieux comprendre l’histoire du site. Le chantier est même ouvert au public à certaines dates, ce qui permet une belle immersion dans l’archéologie locale.
(terrain privé)
Patrimoine naturel
La commune de La Feuillée est entourée d'une nature préservée et sauvage, propice aux promenades et à la randonnée. On peut y admirer de beaux paysages de landes, de bois, de rivières, y découvrir des plantes atypiques comme la plante carnivore (Drosera rotundifolia) ou extrêmement rare telle que l'orchidée malaxis des tourbières, ainsi que la faune comportant des espèces endémiques, rares ou protégées, comme le faucon hobereau, le Grand rhinolophe, le courlis cendré, l'Escargot de Quimper, le busard Saint-Martin, le busard cendré, l'hermine, ou le Circaète Jean-le-Blanc.
Entre tradition et modernité,
La Feuillée témoigne de la richesse d’un patrimoine façonné par les siècles, les hommes et leurs croyances. Une escale au cœur des Monts d’Arrée qui mérite bien plus qu’un détour.
Bienvenue à La Feuillée.

















